Kon Sinatra : Le cassage de nuque en règle

Alors qu’il n’avait qu’un seul titre sur les plateformes de streaming et un featuring avec Tommy Isaac sur Relique 3, Dawg Sinatra travaillait en fait secrètement depuis un an sur un projet commun avec le producteur Kon Queso, Kon Sinatra. Libéré depuis le 11 juin dernier, nous sommes allés à la rencontre de Dawg Sinatra pour échanger avec lui sur la sortie de son premier projet officiel. 

par cadrabrahm pour DYPE

Signer son premier projet aux côtés d’un producteur tel que Kon Queso n’est pas anodin, est-ce que tu peux nous parler de la genèse de Kon Sinatra ?

Avec Kon Queso, on s’est rencontré via Sely. On avait fait un morceau ensemble avec Andrew Magenta. De là, il m’a envoyé énormément de prods, c’était pendant le premier confinement. J’écoute les prods et je commence à poser dessus, sur une vibe un peu summer. De là on se revoit et on commence à comprendre qu’il y a une véritable alchimie. À partir de là j’en parle avec Sely et on lui propose de faire un projet. A ce moment-là, je sortais très peu de choses, mes morceaux étaient surtout réservés aux miens finalement. Il accepte et on a commencé à bosser, et j’ai vraiment eu l’impression de finalement prendre en niveau sur ses prods. Queso il te fait des prods t’as peur je te jure. Donc on a énormément travaillé, on a fait plein de morceaux, on en a gardé 8 au total. Et maintenant on en est là, un an plus tard. 

Dès les premières phases du titre Gogo Yubari, qui ouvre le projet, tu dis « Renoi cest pas une tape cest un voyage », comment tu perçois l’entrée dans Kon Sinatra, vers où veux-tu emmener tes auditeurs ? 

Dans l’univers qu’on a construit, à la rencontre du personnage qu’est Dawg Sinatra, dans tout ce qui gravite autour. Je veux les emmener vers un cassage de nuque en règle (rire). Ce projet, c’est nous, c’est polyvalent, on a essayé de produire un bon CV, c’est une large palette de ce qu’on est capable de fournir. 

« On dit « tu veux savoir où tu vas regardes d’où tu viens », bêtement je pense que c’est important d’aller d’où viennent les tiens. Maintenant on commence à grandir, là j’ai 22 ans et j’ai très envie de vivre ça, pour être plus en accord avec moi-même. 

par cadrabrahm pour DYPE

Dans le titre Noire Excelle tu dis, «  J’suis le Lenny Kravtiz de ma génération », un artiste qui n’est pas forcément une référence très plébiscitée dans le rap, pourquoi l’as tu choisis, et plus largement de quel univers musical tu viens à la base ? 

Lenny Kravtiz est pour moi une référence parmi les références. J’aime bien son personnage, encore une fois c’est un personnage très excentrique, qui laisse très peu de place au doute finalement. C’est quelqu’un à qui tout réussi tu vois , donc c’est peut-être prétentieux de dire que je suis le Kravtiz de ma génération par ce que c’est pas forcément vrai mais c’est ce à quoi j’aspire, cette idée d’être bon sur tous les terrains, c’est vraiment ce que j’ai adoré chez lui.  Pour la musique plus précisément j’ai finalement toujours baigné dans le rap par le biais de mon daron qui en écoutait depuis les débuts. Il m’a aussi fait écouter beaucoup de Jazz, en fait il m’a mis la gueule dans la musique dès petit. C’était un grand auditeur, donc pour moi c’était tracé d’avance. Quand je me suis rendu compte que je pouvais en faire moi-même et transmettre des émotions qu’on me transmettait à partir de ce que j’écoutais, je me suis dit merde let’s go. Donc c’est vraiment mon père qui m’a mis la tête dans la musique de A à Z, je le remercierai jamais assez.

Il y aussi autre chose dans ce projet, des références sociales et politiques, notamment sur l’histoire coloniale, comment tu te places là-dedans et quel est ton avis sur la question ? 

Tu sais quand je dis « je baise des arrières petites filles de colonisateur » c’est un peu de l’egotrip. Mais plus largement sur le reste c’est un devoir de mémoire, c’est notre histoire à tous. Peu importe la couleur, je trouve ça nécessaire d’en parler même si c’est de manière vulgaire, c’est notre histoire, c’est mes anciens, c’est tes anciens, il faut en parler.

On sent que tu as apprécies beaucoup le cinéma et la culture japonaise, ces deux références reviennent souvent. D’ailleurs ce pont-la tu le fais en appelant un titre Gogo Yubari qui est une référence à l’un des personnages de Kill Bill Vol.1, ça représente quoi ces cultures pour toi ? Comment tu te les ai approprié et comment tu t’en es servis dans ta musique ? 

Encore une fois c’est mon daron. C’était un énorme fan de cinéma, mais quand je te dis énorme fan c’était vraiment quelque chose. C’est-à-dire que dès petit, tous les soirs sans exceptions on regardait un film donc ça forge une culture cinématographique. C’est peut-être ma seconde passion après la musique, j’adore ça. Forcément il y a des références que j’ai envie de replacer, des personnages en particulier. Il y a des films qui m’ont retourné la tête et qui m’ont clairement changé. 

Pour ce qui est de la culture japonaise, Kill Bill, un film qui m’a profondément marqué, ça m’a tarté la gueule et je pèse mes mots. Plus largement je me butte aux mangas depuis petit, il y a des animés dont j’ai regardé chacun des épisodes au moins 6 fois, donc je me voyais mal ne pas en parler. Tout ce qu’il y a dans les sons c’est moi, je ne peux pas parler d’un truc que je ne connais pas 

Kill Bill Vol.1

 Si on poursuit un peu sur le cinéma, tu parles aussi de Matrix, de Casino, de Taxi Driver, c’est spécifiquement des films qui t’ont forgé ? 

Scorsese ou rien  honnêtement. Je reste dans le cinéma classique, mon truc c’est vraiment le cinéma des années 80, 90. Je regarde ça en boucle, je dois connaître toutes les répliques de Casino dans l’ordre (rire). Ce film par exemple c’est un sans-faute, au niveau des couleurs, chaque costume de De Niro est millimétré, ça va tellement bien avec la colorimétrie, chaque plan c’est un cadeau. Après au niveau attitude si on n’est pas sur le plus grand film de gangster honnêtement ? Sans te citer Les Affranchis. Les attitudes, les répliques, chacune d’entres elles c’est un cadeau. Joe Pesci ? Mec 1m 60 il encule tout le monde, t’as peur. 

Sur le tournage de Casino

À Rennes on est une grande famille. Je suis arrivé ici et Andrew Magenta, m’a fait rencontrer la 7e, et ça rappait bien. De là on fonde tous ensemble 40-5. C’est pas en mode freestyle de soirées, c’est vraiment des mecs qui n’ont rien à envier à des grands, je me dis merde (rire). C’est comme ça ici ? On a commencé à ride ensemble. De là je commence à chopper mon premier carnet et à écrire, comment ça tout le monde rappe et pas moi ? 

Du côté des invités sur ce projet on retrouve notamment TedaxMax, comment s’est faite cette connexion ? 

J’entends des exclus de lui, je me dis c’est qui ce mec, il est grave chaud ! Forme Olympique sort, je me suis dit ok là on est sur quelque chose. Queso le connaissait bien et lui a proposé de mélanger nos univers, il était chaud mais on n’avait pas la prod. Un jour Queso m’envoie un pack, Sely m’appelle en panique en me disant écoute la première prod, je suis là, il est 3h00, je commence à sauter dans ma cuisine, j’écris le couplet dans la foulée, le lendemain je vais chez AKTR chez qui on rec tout, on tape le son, on se dit ok c’est ça. On avait un 32 mesures, on s’est dit qu’on allait envoyer l’open verse à Tedax, on lui envoie, il kiffe, je descends à Lyon, et on rec. Je reviens à Lyon quelques semaines après et on a clippé ça. 

Dans le morceau avec Tedax tu dis «  Faut que j’retourne au Burki où a grandit ma mère », quel rapport tu as avec tes origines ? 

Ma mère est né au Burkina Faso, elle a été adoptée très jeune. Malheureusement je n’y ai jamais mis les pieds, j’ai forcément cette envie de renouer par ce que c’est nécessaire, on dit « tu veux savoir où tu vas regardes d’où tu viens », bêtement je pense que c’est important d’aller d’où viennent les tiens. Maintenant on commence à grandir, là j’ai 22 ans et j’ai très envie de vivre ça, pour être plus en accord avec moi-même. 

On va parler un peu du morceau Travis Bickcle, très gros titre du projet, très grosse production de la part de Kon Queso, et invité très inattendu finalement, comment s’est faite la connexion avec Adamn Killa ? 

Bêtement via instagram. C’est un artiste que je saigne depuis longtemps mais je me disais que c’était même pas envisageable, mais tu connais les cains-ri tout est envisageable. On en parle avec lui, on voit les termes un peu techniques, je lui envoie le son, il kiffe, et le lendemain soir il me le renvoie. C’est le tout premier son qu’on est fait, c’était il y a un déjà.

Tu peux nous donner des détails sur la cover du projet ? Comment elle a été réalisée et par qui ? 

Cette cover c’est un gros gros boulot de 35 mm production, donc Arthur et Erwan, ils ont fait un boulot de fou. J’appelle mon équipe, je leur dis faut que vous arriviez en noir et avec des gueules cramées, ramenez vos meilleures gueules. Il y a un truc drôle, dans ce genre de situation il y a toujours un sujet qui fâche dans une équipe, qui va faire la victime ? Qui va se mettre par terre ? Tout le monde regarde ses pieds (rire). Et au final ça nous a inspiré la tracklist. Et sérieux ces mecs là sont trop forts, ils ont fait la plupart des clips de YUNG POOR ALO, et le prochain de mes clips sera fait par eux. 

Tu parlais de YUNG POOR ALO justement, de manière générale à Rennes il y a une très grande cohésion dans le rap.

À Rennes on est une grande famille. Je suis arrivé ici et Andrew Magenta, m’a fait rencontrer la 7e, et ça rappait bien. De là on fonde tous ensemble 40-5 C’est pas en mode freestyle de soirées, c’est vraiment des mecs qui n’ont rien à envier à des grands, je me dis merde (rire). C’est comme ça ici ? On a commencé à ride ensemble. De là je commence à chopper mon premier carnet et à écrire, comment ça tout le monde rappe et pas moi ?  J’ai commencé avec la 7e qui connaissait déjà bien les gars du Triple C, Tommy, Douggy, La Rue, Nine. Ça ouvre le champ des possibles, ici tout le monde se donne de la force, peu importe qui t’es, t’aime la musique, on va faire du son. C’est vraiment l’idée de seine concurrence, un truc qui te donne envie constamment de te dépasser, t’as envie de voir tes bougs bouger la tête sur tes sons, c’est une famille, on est tous ensemble. 

A 22 ans, Dawg Sinatra nous livre un projet d’un grand intérêt, soigné et très bien exécuté. Avec un 8 titres précis et des productions signées Kon Queso, le rappeur de Rennes a mit toues les chances de son côté pour proposer un premier projet abouti. C’est réussi. On vous encourage fortement à aller écouter ça, vous savez pourquoi ? Car vous pourrez dire que vous aussi vous étiez là dès le début.